Bonjour,

Le site "Mémoires juives", outre mes travaux sur les origines de la solution finale, est ma contribution à la Mémoire. Je dois beaucoup à Madame Sarah HALPERIN Z"AL du C.D.J.C (aujourd'hui le Mémorial de la Shoah à Paris) - Shmuel LEMARTELEUR, octobre 2011 -

La culture et les sciences ne suffisent pas à nourrir un homme. Donc, l'association Cercle d'Etudes Historiques du Marais, CEH MARAIS œuvre pour la diffusion des Mémoires juives et la bienfaisance. 75 miraculés de la solution finale quittent ce monde chaque jour. Il subsiste 400.000 Juifs survivants dont 190.000 en Israël. Beaucoup ne mangent pas à leur faim. Fidèle à la parole de David Ben Gourion qui s'engagea afin qu'aucun survivant n'ait à manquer de rien jamais, CEH MARAIS soutient financièrement et assiste le mieux possible les enfants cachés et les rescapés de la solution finale. Un reçu Cerfa vous sera adressé en retour. FAIRE UN DON

16 août 2010

Un peu de Science



Le repentir quantique
Le photon et vous

par Arnie Gotfryd


Imaginez que vous puissiez transformer vos plus grandes dettes en vos plus précieux actifs. Un beau rêve, n’est-ce pas ?

Eh bien sachez que cela ne relève pas de la divagation fantaisiste, mais que telle est la réalité au quotidien, aussi bien d’après les dernières avancées scientifiques que d’après le Judaïsme.

Pour comprendre cela, tournons-nous vers le monde subatomique, vers le domaine quantique, et considérons une fascinante propriété de la nature, un fait des plus étranges : la dualité onde-particule.

L’idée en est que les choses sont ce que vous choisissez qu’elles soient, littéralement. Par exemple, lorsque des photons traversent une barrière percée de deux fentes, vous pouvez choisir de les observer en tant qu’onde, auquel cas ils sont nécessairement passés par les deux fentes, ou en tant que particules, auquel cas ils ne sont passés que par une seule des deux fentes. C’est vous qui déterminez la réalité.

Mais il y a encore plus étrange. Une implication de ce « pouvoir de l’observateur » est qu’une fois que vous avez choisi de considérer le photon comme une onde, il aura été une onde depuis le moment où il a été émis. De même, si vous choisissez de l’observer comme une particule, il n’est pas seulement une particule au moment où vous l’observez, mais rétroactivement depuis son origine.

« Wow ! » s’écrie l’esprit logique. « Comment est-il possible qu’une observation que je fais maintenant change ce qu’il y a eu auparavant ? Cela n’a aucun sens. Il y certainement une erreur dans cette théorie. »

Mais il n’y a pas d’erreur. En 1978, le physicien John Wheeler imagina une expérimentation cognitive pour tester cet effet de « voyage temporel » que les observateurs ont sur les systèmes quantiques et, en 1984, cela fut prouvé en laboratoire et reproduit depuis des dizaines de fois. Il n’y a, aujourd’hui, plus aucun doute à ce sujet. Les choix de l’observateur déterminent l’histoire passée des quanta, sur des nanosecondes, des minutes ou des millénaires.

Nous recréons toute l’histoire et même la préhistoire quand nous ouvrons nos yeux le matin !
Et ce n’est pas seulement affaire d’un proton ou d’un neutron de-ci de-là. L’univers entier est fait de cela, de sorte que toutes les observations partagent cette propriété remarquable. Nous recréons toute l’histoire et même la préhistoire quand nous ouvrons nos yeux le matin !

Toutefois, sur le plan du Judaïsme, ce n’est pas si étrange que cela. Les Juifs célèbrent le renouvellement de l’univers chaque jour dans leur prière du matin, où l’on glorifie D.ieu qui « renouvelle quotidiennement et constamment l’œuvre de la Création ». Et tout ceci à cause de nous, puisque le Talmud déclare que « chaque personne à le devoir de dire : “C’est pour moi que le monde a été créé.” »

Mais toute cette histoire de réalité rétroactive a une portée spirituelle encore plus profonde. Elle évoque le pouvoir de la techouvah, « le repentir », traduit avec plus d’exactitude en « retour » ou encore « restauration ».

Nous avons tous certaines choses à réparer en préparation pour la Nouvelle Année. Mais il y a en cela différents niveaux. Il y a une réparation basique qui consiste à rectifier une erreur, réparer un dégât, payer une dette, revenir à zéro. Mais il y a un autre mode de techouvah, plus élevé, dans lequel le négatif est transformé en positif. Une techouvah dans laquelle les erreurs deviennent des atouts et où même les fautes intentionnelles deviennent des mérites. Où l’obscurité est transformée en lumière.

Et c’est là que les photons peuvent illuminer également notre vie spirituelle. En choisissant de revenir de la meilleure manière possible, nous démontrons à notre Créateur que nous sommes en phase avec la possibilité de nous réinventer, de transcender la résilience, de surpasser même le tikoun olam et d’atteindre une perfection en nous-mêmes et dans le monde.







Attention : trop de science peut vous rendre religieux !
par le professeur Velvel Greene


Avant de naître, un bébé vit entouré d’eau dans le ventre de sa mère. Il ne respire pas, ses poumons sont repliés sur eux-mêmes entre les deux cavités supérieures du cœur. Celui-ci est percé d’un orifice pour que le sang puisse circuler et un tube relie l’aorte à l’artère pulmonaire.

Au cours des dix minutes qui suivent sa naissance, ses poumons doivent se déployer, l’orifice dans son cœur doit se refermer et le tube doit se boucher.

Ce sont en tout 67 étapes qui doivent se succéder pour que, de l’état de créature immergée, le bébé devienne un être humain qui respire de l’oxygène. Miraculeusement, ce phénomène est tout à fait ordinaire et se produit à chaque minute.

C’est cela, la science : lorsque l’on comprend ce qui se passe. Et nous savons qu’il n’existe aucun être humain, aucun scientifique, qui aurait pu concevoir et mettre en œuvre pareille séquence. Si un laboratoire essayait de la reproduire, cela ne marcherait jamais.

En fait, si nous étions vraiment conscients de ce qui arrive dans notre propre existence, si nous savions tout ce qui se passe à la naissance d’un bébé, nous tomberions à genoux et remercierions D.ieu éternellement. Toutes les études scientifiques qui ont été produites au cours des cent dernières années n’ont eu de cesse de montrer comment les phénomènes naturels reflètent les notions d’ordre et de séquence, et donc, d’après moi, la réalité d’un Créateur.

Un professeur de mathématiques m’a rendu visité à mon labo un jour. Un véritable athée. Et pourtant, il m’a dit ce jour-là : « Je viens de calculer qu’il est impossible que l’œil humain évolue pendant les 5 milliards d’années dont on nous parle. » Il ajouta : « Ce sont ceux qui croient en l’évolution qui font vraiment un acte de foi. »

La science ne contredit pas la Torah. Elle nous enseigne, au contraire, que lorsque que D.ieu dit « J’ai créé le monde, » « Je pourvoirais, » « Je vous guérirais », il disait vrai ! En 1998, il a été rapporté, pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité, qu’il avait été produit suffisamment de nourriture pour nourrir toute la planète. En théorie, donc, personne sur Terre ne devrait être affamé. Ainsi quand un célèbre verset des Psaumes affirme « Tu ouvres Tes mains et Tu procures à tout être vivant sa subsistance, » il dit vrai ! Lorsqu’un médecin guérit un patient, c’est ce que démontre la science : D.ieu disais vrai, Il a pourvu.

Aucun rabbin n’a jamais dit à un scientifique « Arrête de chercher. » Aucun rabbin n’a jamais dit « Cesse d’explorer. » Parce que celui qui croit en la vérité – et la Torah est toute vérité – croit aussi que toute chose vraie que l’on découvrira dans la nature sera un reflet et une expression de la gloire de D.ieu.

Lorsque j’étais plus jeune, j’ai travaillé pour la NASA. Et j’ai recherché la présence de vie sur Mars. Nous avons dépensé des centaines de millions de dollars en cherchant de la vie sur Mars. A cette époque j’ai demandé au Rabbi de Loubavitch, « Est-ce correct ? Puis-je vraiment me livrer à ces recherches ? D’autres religions disent qu’il ne faut pas. Et la Torah ne dit pas qu’il y a de la vie sur Mars. » Le Rabbi répondit en yiddish, « Professeur Greene, vous devez rechercher la vie sur Mars. Et si vous ne la trouvez pas là-bas, vous devrez chercher ailleurs. Et si vous ne la trouvez pas là-bas non plus, alors vous devrez chercher encore ailleurs. Parce que rester là et dire que D.ieu n’a pas créé de la vie ailleurs revient à mettre des limites à D.ieu, et personne ne peut faire ça. »

(Pionnier de l’exobiologie, le professeur Velvel Greene a passé des années à la NASA à chercher de la vie sur Mars. Il est aujourd’hui Professeur Honoraire de santé publique et d’épidémiologie à l’école de médecine de l’université Ben Gourion de Beer Chéva.)

8 août 2010

Le Petit Prince est polyglotte (Courtesy: Admiel Kosman).





This Hasidic tale concerns a man who rushes around, tending to his business, until he is interrupted. In his unforgettable book, Antoine de Saint Exupery (1900-1944) writes about the visit of the Little Prince to the fourth planet, which "belongs" to a businessman. This businessman spends his entire day taking stock of his property and is so preoccupied that when the Little Prince appears, he doesn't even lift his head. The Little Prince hears him counting: "Then that makes five-hundred-and-one-million, six-hundred-twenty-two-thousand, seven-hundred-thirty-one ..."

"Five hundred million what?" asks the Little Prince.

"Eh? Are you still there? Five hundred and one million, I can't stop ... I have so much to do! I am concerned with matters of consequence. I don't amuse myself with balderdash," the businessman replies without looking up.

But the Little Prince does not give up. "Five hundred-and-one million what?" he persists.

At this point, the businessman realizes there is no hope of being left in peace until he answers the question. It turns out he is counting the stars.

"And what do you do with these stars?" the Little Prince asks.

"Nothing," says the businessman. "I own them."

"And what good does it do you to own the stars?" the Little Prince asks in wonder.

"It does me the good of making me rich," comes the reply.

"And what good does it do you to be rich?" the Little Prince continues.

"It makes it possible for me to buy more stars, if any are ever discovered," says the businessman.

Upon further questioning, the Little Prince discovers that the businessman "administers" these stars and claims to "own" them by dint of the fact that nobody else ever thought of owning them. He counts them, writes down the number of stars on a little paper and "puts them in the bank."

But the Little Prince does not think like adults. He explains his outlook to the businessman: "I myself own a flower, which I water every day. I own three volcanoes, which I clean out every week. ... It is of some use to my flower, that I own them. But you are of no use to the stars."

Saint Exupery's wonderful book has been endlessly written about and interpreted, but I would like to compare it to a profound Hasidic tale of which I'm sure Saint Exupery never heard, and point out the similarities and differences in the spiritual world they portray. At the heart of both stories is a man who is preoccupied with some business connected to a bank. In both, an attempt is made to shake this man out of his profound illusions concerning ownership and the relationship between man and money. Like the businessman who claims to be a practical person while the child sees he is living in a dream, the Hasidic tale is about a man rushing around, tending to his seemingly "practical" business until the rabbi interferes. In both stories, the role of the protagonist is to "wake up" the preoccupied person in an almost comic manner.

Empathy for simple folk

The Hasidic tale goes as follows: "Once Rabbi Levi Yitzhak of Berdichev met a man in the marketplace who was very preoccupied with his affairs. The man had to repay a debt to the bank, but did not have the money. He ran here and there, trying to obtain loans from various people. Rabbi Levi Yitzhak stopped him and asked `Vus machst du?' (`How are you?') The man replied that he was busy and had no time to talk. He tried to slip away but Rabbi Levi persisted. `Iber du vus machst?' he asked again. `Iber vus machst du?' (`But what are you doing? What's up?')"

Rabbi Levi Yitzhak of Berdichev, a legendary figure in the Hasidic movement, was born in 1740 in Hoshakov, Galicia. He rose to fame in 1785 when he was appointed rabbi of Berdichev, turning it over the years into the spiritual hub of Hasidism in Ukraine. Unlike other tales, in which Rabbi Levi Yitzhak shows empathy for simple, hard-working folks, in this one he seems to ignore the distress of the debt-ridden man. Instead of helping him solve his financial problems, he corners him and keeps him from focusing on what he is trying to do.

So what does Rabbi Levi want from this man? What is he really saying when he asks "Vus machst du?" In his adaptation of the tale, Martin Buber translates this phrase as "what are you doing?" although in Yiddish, it means "how are you?" I think there is a deeper meaning here. Levi Yitzhak, who knows very well how the man is doing externally, continues to question him, trying to alert him to the state of his inner being. By way of explanation, the narrator of the story adds: "Because everything is God's will, as it is written, `everything is in God's hands apart from the fear of God' - "hakol biyedei shamayim khutz miyirat shamayim' [Talmud Bavli, Brachot 33b]. All the trials and tribulations of earning a living are a temptation not to do one's duty, which is to be God- fearing. Hence the rabbi asks, What is it that you do? - since fear of God is in your hands, as opposed to all earthly affairs, which are determined by God."

The idea behind this explanation (that Buber accepts) is that Levi Yitzhak wants to help the man extricate himself from his troubles, but because the source of the trouble is not the bank debt, but a spiritual debt, Yitzhak Levi badgers him in order to awaken him to that reality. The bank debt is thus a kind of "cover-up" for an internal debt. The man's external problems are an illusion. They are a kind of bad dream that drags him into preoccupation with the externals of life. He fails to realize that only by looking inward will he get to the root of the problem.

Opening someone's eyes through nagging questions is also typical of the Little Prince. He shows the businessman that his egocentric preoccupation with amassing property, to which he attributes his self-worth as a rich man, is the source of error in the adult world. When something belongs to me, says the Little Prince, the idea is not for the object to glorify my name, but for it to become a subject that I "water" and care for.

Devil and divinity


The Saint Exupery story helps to round out the Hasidic tale: Levi Yitzhak tries to rouse the man from his nightmare of financial distress by asking him an existential question: And what about you? Where are you in this dream that has swept you up? Only when the "businessman" comes to terms with his fixation and realizes that he is not amassing anything tangible, but simply becoming a slave to his "property," can he break free and become a giver rather than a taker.

Only by being a giver, like the Little Prince, with his concern for his flower's good, can man become truly creative. In becoming creative, man resembles God and fulfils his mission. This is not to say that life stops being problematic. But the troubles that the man perceives as sent by the devil suddenly become a kind of divine intervention that forces man to look inside himself, liberating him and giving him the ability to make choices, exercise creativity and become a giver.

There is no "happy end" in either story. But unlike the gentle, sensitive boy versus the close-minded adult - and there is no question with whom the reader sides (even if we are all "businessmen," we love to see ourselves as the little boy) - the Hasidic tale is much more complex, not to mention disconcerting. The whole balance is different. We feel a lot more empathy for the distraught man than for the "nudnik" rabbi, who instead of helping, preaches to him and basically gets in his way. Buber, finding this aspect of the story disturbing, adds a few words to accentuate the man's total obsession with his business - transforming it into a virtual clone of "The Little Prince."

But it is precisely here, I think, that the great power of the Hasidic story lies. It does not pander to the reader. It provokes us in the same way that Levi Yitzhak provokes the man in the market. In the final analysis, however, each story teaches in its own way that the problems we encounter in our lives are the result of complications arising from not being sufficiently "god-fearing." We busy ourselves with external obligations, allowing ourselves to be swept up in borrowed ideas and social conformity, while ignoring our own inner voice.

5 août 2010

"Le Peuple des Livres" de Jean BAUMGARTEN

Shtetl, hier et aujourd’hui :

« Le peuple des livres » de Jean Baumgarten, Editions Albin Michel, Paris 2010.

par Claude HAMPEL (« Yiddishe Heftn » - Cahiers Yiddish)


Selon des sources historiques, nous pouvons dater la naissance du yiddish aux alentours du Xe siècle dans un triangle inscrit entre Strasbourg, Mayence, Francfort. On pense généralement que la destruction du Second Temple de Jérusalem a concentré un nombre de Juifs, le long du Rhin, sur la terre de l’Empire germanique. En cette période, si la langue sacrée, langue des prières, était toujours l’hébreu, celui-ci n’était plus la langue parlée et cela depuis des siècles. Rappelons que, sur la terre du Royaume d’Israël, conquise par les Grecs puis par les Romains, on parlait essentiellement l’araméen.


Peinture d’Alain Kleinmann ©.



Ainsi les Juifs qui se sont établis le long du Rhin ont décidé de créer une langue juive spécifique en calquant le parler vernaculaire mais en gardant cet Aleph-Beith évoqué dans Célébration hassidique par Elie Wiesel. Le yiddish a vraisemblablement vu le jour alors que le chef spirituel de la Communauté juive de l’époque était le Rav Guershom.
Le yiddish devint rapidement langue de communication interne et externe et surtout la langue de vulgarisation de commentaires de la Torah à l’usage de ceux qui ne fréquentaient pas les Yeshivoth, en l’occurrence les femmes. Rappelons que le yiddish comporte, outre les germanismes, 25% d’hébreu biblique que nous nommons Loshen-Kodesh, d’un certain nombre de mots araméens, du français médiéval qu’utilisait Rachi, le grand commentateur de la Bible. Par la suite, les migrations vers l’Est de l’Europe enrichiront le yiddish au contact d’autres langues européennes, latines ou slaves.
C’est au XIe et XIIe siècles, suite aux massacres de Juifs à Mayence, Worms, Spire, au moment des Croisades, que des populations juives vont s’établir dans le Royaume de Pologne. Pour y arriver, elles vont traverser et laisser des traces en Italie, Suisse, Hollande.
Le vrai essor du yiddish, comme ce fut le cas pour d’autres langues européennes, date de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, à la fin du XVe siècle qui marqua l’Expulsion des Juifs d’Espagne et du début de l’Inquisition qui décréta les autodafés et les conversions forcées. Partant du shtetl, le yiddish du peuple va évoluer en langue littéraire, langue d’étude, langue de combats. Au cours du XXe siècle le yiddish sera meurtri par la destruction, par les nazis, des Juifs d’Europe et par la politique antisémite de Staline qui fera exécuter des écrivains et poètes yiddish, le 12 août 1952.

* * *

L’excellent ouvrage de Jean Baumgarten Le peuple des livres nous éclaire sur la vertigineuse production d’ouvrages en yiddish. Car l’imprimerie va remplacer le scribe, le soyfer. Désormais elle s’adresse au plus grand nombre. Il est inimaginable, mais c’est la réalité, qu’entre 1500 et 1599, près de 2 700 titres furent imprimés en yiddish. Au XVIIIe siècle, on en dénombre 3 300 et au XVIIIe siècle, ce sont 9 000 titres qui furent imprimés. Encore une précision qui a son importance : dans de nombreux pays, quand il fut décrété aux Juifs d’être imprimeurs, ce sont des imprimeurs chrétiens qui exécutèrent l’impression de livres en yiddish. On peut citer comme d’importants centres de production de livres yiddish : Venise, Prague, Amsterdam, Francfort. Pour fabriquer un livre, il fallait associer des savoirs et des savoir-faire : les scribes (soferim), les savants (talmidei hakhamim), les érudits (lomedim), les auteurs (mehabrim), les éditeurs (aroysgeber ou motsi la-or), les compositeurs-typographes (zetser) et les imprimeurs (drucker).

L’invention de l’imprimerie ouvre le peuple juif au savoir et cela constitue une révolution. Les auteurs ne s’adressent plus seulement aux érudits et le savoir est plus largement partagé.
Les premiers livres en yiddish sont des adaptations comme par exemple le Nakhles Tsvi qui est une partie narrative du Zohar. L’un des traducteurs, Tsvi Hirsh Chotsch, un érudit de la kabbale, a cependant supprimé des passages qui doivent rester cachés au simple lecteur non initié.
Mais l’un des ouvrages les plus célèbres traduits de l’hébreu en yiddish reste la Tsenerene, dont l’auteur, Yaaakov ben Itshak Ashkenazi de Janow, était un prêcheur itinérant, un maggid qui, ayant pris conscience de l’ignorance des masses juives, décida de rédiger – en yiddish – un commentaire de la Bible, des Cinq Rouleaux et des Haftarorot. La Tsenerene était destinée aux hommes et aux femmes, peu instruits, afin de compléter la récitation de la parasha de la semaine à la synagogue par des lectures édifiantes pour le jour du shabbat. L’ouvrage a eu immédiatement un grand succès. Depuis 1662 à l’époque contemporaine, 250 éditions de Tsenerene ont vu le jour.

Jean Baumgarten cite, parmi tant d’autres, Yaakov ben Elhanan Heilprun, dénommé Giacob Halpron Hebreo qui a traduit et adapté en yiddish l’ouvrage philosophique de Rav Shlomo ibn Gvirol, le Keser malkhes, publié à Venise en 1600. On lui doit également, en yiddish, les lois sur la kashrut, le Dinim ve-seyder, paru à la même période chez un imprimeur chrétien de Venise.
Les auteurs de cette première période furent des passeurs des textes classiques de la tradition juive vers un lectorat populaire. Il étaient des transmetteurs des fondements du judaïsme mais surtout, peut-être même à leur insu, des initiateurs d’une culture profane qui annonçait l’avènement de l’époque moderne, qui aura à se pencher davantage sur la vie des gens dans leur quotidien.

Nous allons assister à la diffusion de textes traduits, qui sont des contes ou récits épiques, en voici un exemple avec le Décaméron de Boccace intitulé Sheyne artlekhe geshikhte (Amsterdam, 1710).
Cela n’était pas sans poser – déjà - le problème de la bonne traduction, lisible dans toute l’étendue de la sphère linguistique du yiddish. Ainsi, Yosef ben Yakov Maarssen explique : « Il est impossible de rendre le yiddish assez clair pour tout le monde, du fait que chaque pays a son propre yiddish ». Il ajoute : « J’aurais pu la transposer en pur yiddish, mais j’ai eu peur qu’ici, en Hollande, les gens ne puissent la comprendre ».

Mais alors, comment faire pour que les Juifs de Lituanie et ceux d’Italie puissent lire les mêmes textes ? Au XVIIIe siècle, le yiddish d’Europe occidentale (Bâle, Italie ou Allemagne), est devenu la norme des textes imprimés. Cette normalisation a fait grimper la vente des livres. La littérature yiddish n’était-elle pas vantée comme étant la « langue simple et claire » (safah beruhah, leshon kal, leshon tsahot) par rapport à l’hébreu au style plus éloquent (safah nimlatsah) ?

Rappelons que la production de livres yiddish dans la Pologne entre le XVIe et le XVIIIe siècle était surtout concentrée à Cracovie et à Lublin. Elle y était intense et florissante, participant ainsi au développement culturel et spirituel des Juifs en Pologne et plus largement en Europe. L’édition d’ouvrages yiddish en Europe constitua le pivot de la culture juive ashkénaze ; d’aucuns, comme l’écrivain Isakhar Fater, avaient évoqué une civilisation ashkénaze.

Fruit d’un énorme travail de recherche, l’ouvrage de Jean Baumgarten apporte au lecteur des renseignements précieux sur la vie intellectuelle et religieuse des masses juives qui se sont « laïcisées » au contact de la littérature yiddish.
© Cahiers Bernard Lazare, juillet/août 2010.

4 août 2010

Avis de Recherche !

Bonjour,
Presque toute ma famille a été tué dans l'holocauste, et à ma grande surprise joyeuse j'ai récemment découvert qu'un Schrekenhamer Natan survécu à l'holocauste et a été naturalisé en France en 1948.
J'ai découvert que Natan était marié Cesza Gothard et avait plusieurs enfants. Avant sa mort en 1978, les Schrekenhamers ont vécus à Paris 9ème 23 rue Clauzel.
Cesza est décédé le 24 Juin 1978 et Natan est décédé le 11 Septembre 1978 à la l'hôpital Lariboisière 2, rue Ambroise 75010 Paris, France.
Un de leurs enfants s'appelait Michelle, qui épousa Robert Bodek dans le 9ème arrondissement le 2 Décembre 1968.
Je suis à la recherche de Michelle (Schrekenhamer) Bodek et j'apprécierais grandement si vous voulez bien de vérifier votre adhésion et des actes de mariage pour les noms ci-dessus. Si vous connaissez ses coordonnées, je serais extrêmement reconnaissant si vous pouviez me fournir cette information ou lui donner mes coordonnées et lui demander de me contacter.

S'il vous plaît m'aider à trouver et à retrouver ma famille.
Je vous remercie d'avance pour votre aide.
Cordialement,

Henry Lehrman
323-644-1138
Iamwhoiam1@Gmail.com
Los Angeles, CA. USA

3 août 2010

Napoléon et le 9 Av

Nous devons cette histoire à l' Alter Rebbe de Tshortkov, le 5ièmè fils du Rizhiner Rebbe, Rabbi Dovid Moshé Friedman, qui la raconta souvent.
Napoléon, lorsqu'il résidait aux Tuileries, avait l'habitude de se revêtir d'habits militaires usés de la garde et d'emprunter une issue dérobée pour aller à la rencontre de ses sujets. Le chemin était toujours le même : longer le Louvre puis les murs de l'Hôtel de Ville et de l'église Saint-Gervais pour se retrouver dans le quartier le plus ancien et le plus insalubre de Paris : le Marais.
Ce soir d'août, la chaleur était encore forte et le soleil avait déjà disparu derrière les toits. L' Empereur remarqua dans la rue sombre une silhouette courbée qui portait une lanterne. En s'approchant un peu, il nota que cela devait être certainement un de ces vieux Juifs religieux, habillé d'un long vêtement droit et coiffé d'un bonnet difforme. L'ancien semblait trottiner, sûr de son chemin. Il arriva devant une porte cochère, gravit rapidement les deux étages et pénétra dans une grande pièce lumineuse pleine d'hommes jeunes, vieux et d'enfants assis à terre, en train de pleurer et de réciter de longues prières.
Napoléon, qui avait suivi le vieil homme jusque là, observait ces scènes de lamentations comme si on pleurait la disparition d'un homme illustre. Il s'approcha du premier homme assis et lui demanda ce que tout cela signifiait. L'homme répondit que ce soir est un moment particulier puisque c'est la veille du 9 Av, le jour le plus triste du calendrier juif. Ce jour-là, tous les Juifs devaient prier et se lamenter sur la destruction de la Maison de D', le Temple de Jérusalem. Il convenait de jeûner tout le jour, de ne pas mettre de chaussures de cuir et d'éviter tout le confort du reste de l'année. Napoléon voulait savoir quand ce malheur est arrivé. Le Temple de Jérusalem a été détruit il y a plus de 1700 ans.
Napoléon resta un long moment songeur après cette réponse. Il pensait : « Comment des hommes pourchassés, priant dans un endroit clandestin peuvent-ils encore se souvenir, se recueillir et se lamenter sur ce qui s'est passé il y a 1700 ans ? Moi, Napoléon, je jure de reconstruire le Temple de Jérusalem et de donner à ce peuple le consolation ! »
Le Tshortkover Rebbe enseigne alors qu'au travers de cette histoire, l'assurance nous a été donnée que le peuple juif mérite la Rédemption et la construction du 3ième Temple de Jérusalem parce qu'il continue à suivre la voie de D'. Et ce malgré tous les démons qui veulent assassiner ou assimiler les Juifs.

N. B : La réalité historique montre en effet que Napoléon voulut instaurer un nouveau Grand Sanhédrin à Paris qui deviendrait ainsi la nouvelle Jérusalem avec un nouveau Code des Lois Juives, le Code Civil, appelé encore le Code Napoléon. Napoléon se voyait volontiers représenter en nouveau Moïse donnant les nouvelles Tables de la Loi au peuple juif agenouillé face à lui ! Grâce à D' , les desseins de Napoléon échouèrent avec la campagne de Russie lorsque Napoléon manqua de capturer le chef spirituel du peuple juif, Rabbi Schnéor Zalman de Lyadi, premier Maître du mouvement 'Hassidique de Loubavitch.

Le saviez-vous ?

En 1925, dans la rue des Rosiers, il y avait trois marchands de journaux : un Juif sioniste, un Juif communiste et un Juif orthodoxe.

Le 4 août 1962, grâce au Sénateur Jacques de Maupéou, le Plan de Sauvegarde er de Réhabilitation du Marais est adopté dans le cadre de la Loi Malraux.
Jusqu'au ramassage des ordures par la municipalité, des péniches, à quai, remplies de sable servent de décharge. Elles restent le terrain de jeu favori des enfants du Pletzl.

En 1789, on estime que les Parisiens disposent d'un litre d'eau pour tous leurs besoins : la boisson, la toilette, le lavage du linge ...

"Qu'est-ce que je peux dire du souvenir que j'ai, moi, de la rue des Rosiers ? Tout d'abord, c'est une odeur : il y avait une odeur de hareng mariné, de saucisson, de charcuterie. La rue des Rosiers, c'est d'abord une odeur."
John Steinbeck (librement traduit de "Cannery Row")