Adapté d’un texte de Denis MacShane - New Statesman
Il y a trois décennies, un homme politique français s’est rendu à Washington pour prendre part à une conférence internationale des partis de gauche. Cinq mois plus tard François Mitterrand était président de la quatrième économie du monde et de la troisième plus grande puissance nucléaire.
Le caprice provinciale des médias anglo-américaines, en ignorant la politique trans-Manche n’a pas changé. Aux Etats-Unis, on ne parle que des primaires républicaines… Et l’importance de la présidence française ne nous intéresse que trop peu.
Si l’on en croit tous les sondages d’opinion, en mai, la France aura un nouveau président. François Hollande veut une Europe différente. Il croit en la politique que David Cameron et de Nick Clegg méprisent. Tout comme l’arrivée de Mitterrand en 1981 avait placé un barrage continental face à la politique du rouleau compresseur de Reagan et néolibéral de Thatcher, l’élection de Hollande présente un défi pour les politiques d’austérité semblables à celles des années 1930, dessinés par des fonctionnaires du Trésor qui font remarquer qu’aujourd’hui, la Grande-Bretagne est le plus grand pays exportateur d’Europe. Il reste un paradoxe intéressant : bien que la classe politique britannique n’a jamais été aussi eurosceptique, les pays de la zone euros copient tous la politique britannique de croissance zéro et de coupe budgétaire.
Ainsi, il est peut être temps pour certains de comprendre qui est Hollande. Je dois déclarer un intérêt personnel: je l’ai considéré comme un ami depuis 15 ans. Il n’y a pas de traduction exacte en français de cet adjectif passe-partout en anglais «nice», mais si il y en avait un, il serait la plus super des personnes que je n’ai jamais rencontré dans le leadership politique français. Deux avertissements. Premièrement, bien que tous les sondages d’opinion et mes conversations avec des amis français voient Hollande vainqueur, l’étrange système politique français avec ses élections en deux tours peut produire des chocs, comme cela cs’est passé en 2002 avec l’élimination du socialiste Jospin en 2002 au profit de Jean-Marie Le Pen.
Deuxièmement, Voltaire aurait pu penser à Sarkozy quand il a écrit, « Cet animal est très méchant:/Quand on l’attaque il se défend« . Sarkozy est une bête politique de premier ordre, jamais aussi dangereux que lorsque son dos est contre le mur.
En 2002, c’est le candidat du PS qui a été défait par l’extrême droite. Une décennie plus tard, c’est Sarkozy qui regarde par-dessus son épaule Marine Le Pen, l’héritière frontiste. Le FN 2012 est plus qu’un parti nationaliste à la Geert Wilders. Marine Le Pen est vol stationnaire juste au-dessous Sarkozy dans les sondages d’opinion. Dans la catégorie socio-professionnelle des « fonctionnaires », Sarkozy remporterait 9% des suffrages contre 30% pour Marine Le Pen.Sarkozy est entré en fonction en 2007 sur la promesse d’un renouveau. Il a mis des jeunes femmes musulmanes ou noires dans son cabinet, ainsi que ces figures de proue de la gauche comme Bernard Kouchner. Tous sont passés et les promesses de Sarkozy pour donner du travail à la France ont échoué.
Alors, qui est cet inconnu qui pourrait devenir le prochain monarque de France? Hollande a 57 ans, vient d’une famille bourgeoise et catholique fervent de Rouen. Hollande est diplômé de l’École Nationale d’Administration, l’école ou est formée l’élite politique et civile de demain. Une grande école ou il a rencontré son ex-femme, Ségolène Royal, avec qui il a eu 4 enfants.
Elle, aussi, venait d’une famille rigide catholique (la sienne était militaire) et la réaction du couple à leur éducation a été de refuser le mariage et de se déplacer vers la gauche avec l’arrivée de François Mitterrand dans les années 1980. Royale a gagné rapidement en promotion et avec son talent politique et son flair pour l’auto-publicité. Elle est devenue ministre dans les gouvernements successifs socialistes. Hollande, cependant, s’en est allé à gagner, perdre et gagner à nouveau, un siège au parlement. Un siège venu du milieu de nulle part, là même ou Chirac a sa base politique. Et comme son ancien aide de camp Nicolas Ravaille me l’a dit: « les gros bonnets socialistes ne veulent un siège le plus près possible de Paris. François est non seulement parti loin de Paris, mais en plus a fait une très grosse campagne pour prendre un siège difficile et construire une base régionale très solide. »
La droite française essaye de dépeindre Hollande comme manquant d’expérience ministérielle. La même accusation avait été faite contre Tony Blair, Cameron ou Clegg. En fait, Hollande peut avoir autre un avantage : en tant que chef du file du PS pendant plus de 10 ans, il connaît parfaitement la mosaïque complexe de son parti.
Hollande cherche éviter à la fois les batailles personnelles et les différences idéologiques qui font que le socialisme français est une spécificité en lui tout seul. Il évite de tomber dans l’anti-blairisme et a du mépris pour ceux qui ont voulu rendre le PS plus « à la mode » en copiant les travaillistes d’outre-Manche ces dernières années. Contrairement à la plupart des socialistes français, il ne s’estime pas insulté à être étiqueté « social-démocrate » et il souscrit à la tradition allemande et nordique du gauchisme pragmatique. Il est pro-européen et rejette autant que faire se peut la scission du PS, comme lorsque les éléphants de son parti, Laurent Fabius et Arnaud Montebourg, soutiennent la campagne du « non » au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel. Trahir Mitterrand et Delors et la tradition pro-européenne du socialisme a rendu les socialistes hors-course pendant les deux mandats de Chirac.
Sa base du parti l’a aidé à survivre à la rupture de sa relation avec Royal (il a trouvé une nouvelle partenaire, une journaliste de la télévision) qui cherchait alors à se faire élire présidente en 2007. Quatre ans plus tard, Hollande a soigneusement préparé son offre. Cela a été simplifié avec le scandale Dominique Strauss-Kahn, mais DSK reconnaît maintenant que Hollande pourrait bien l’avoir battu dans les primaires. Pour les socialistes, une grande partie des médias français et la plupart des gens que j’ai rencontré au cours de ma visite en France cette année, Hollande est l’homme qui pourrait renverser Sarkozy.
Pendant une grande partie de sa présidence, Sarkozy s’est moqué de la chancelière Angela Merkel ouvertement, se plaignant de ne pouvoir passer un week-end sans elle en ajoutant : Mme Merkel va t-elle faire ses courses, je ne l’ai jamais vu faire du shopping de ma vie. » A présent, il demande à Mme Merkel de faire campagne pour lui et d’expliquer pourquoi une hausse de la TVA est la meilleure politique. Il pourrait tout aussi bien demander à George Osborne.
Hollande a commencé sa campagne lentement. Avant le Nouvel An, on commençait à se plaindre de sa non-implication dans la campagne. Mais le mois dernier, il a transformé sa candidature avec un discours explosif au Bourget qui a résonné à travers la France. L’art oratoire est important pour les Français. Il nécessite des talents de commandement surtout pour susciter l’enthousiasme de 25.000 personnes. Hollande a montré qu’il a cette qualité.Le discours était blairiste comme lorsqu’il a fustigé les délinquants anti-sociaux qui brûlent les voitures des pauvres gens dans les cités HLM. Mais cette combinaison entre l’ancien et le nouveau parti travailliste, ajouté aux thèmes sur la sécurité et l’ordre – précédemment rejetés par la gauche française – avec une attaque féroce contre le pouvoir de l’argent.
John Kerr, le diplomate retraité le plus connu de Grande-Bretagne maintenant député à la Chambre des Lords, m’a dit que le discours de François Hollande était le discours le plus passionnant fait par un dirigeant politique depuis des années. Il a mis en effervescence la France et a été suivi par un débat télévisé dans lequel Hollande a anéanti Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy – un des plus brillants débatteurs de centre-droit.
Si Hollande gagne, ce ne sera pas forcément un coup de pouce pour les travaillistes, pas plus que ce fut le cas avec Mitterrand en 1981. Hollande a déjà dit qu’il ne marchera pas dans les pas de l’orthodoxie de droite, défendue par Cameron et ses compagnons de route conservateurs aux affaires en Europe.« François veut que l’Europe mette beaucoup d’argent sous contrôle. La gauche doit élaborer des politiques pour soutenir la justice sociale mondiale afin que les travailleurs obtiennent une part de la richesse qu’ils créent », explique son directeur de campagne, Pierre Moscovici ; qui m’a expliqué, que le président Hollande » va renforcer l’Organisation internationale du Travail « . Hollande est davantage Truman que Barack Obama ou Blair. Il a regardé la vie politique française au plus haut niveau depuis presque 30 ans et à présent, la gauche britannique peut peut-être commencer à apprendre des français une fois de plus.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire