Le site "Mémoires juives", outre mes travaux sur les origines de la solution finale, est ma contribution à la Mémoire.
Je dois beaucoup à Madame Sarah HALPERIN Z"al du CDJC (aujourd'hui le Mémorial de la Shoah).
Shmuel LEMARTELEUR, octobre 2011


La spoliation des œuvres d'art en France occupée

Avant-propos
Le présent article s'appuie largement sur l'ouvrage de Sarah GENSBURGER, Images d'une Spoliation, Album de la Spoliation des Juifs à Paris, 1940-1944, aux Éditions Textuel à Paris, paru en avril 2010.
Cet ouvrage est orchestré autour de «l'album de Coblence». «L'album de Coblence» est composé de 85 photographies et sera conservé sous la côte B 323-311 dans les archives fédérales de la ville du même nom.
Les photographies, prises par des militaires allemands vraisemblablement, montrent les différents aspects des spoliations. Ici on amasse des jouets, là des torchons et du linge de maison, ailleurs des buffets de cuisine et des pianos, et surtout, en ce qui nous concerne, au Jeu de Paume puis au Musée du Louvre, les œuvres d'art.
 Il est important de dégager plusieurs enseignements dès maintenant :
La spoliation des œuvres d'art en France occupée a touché essentiellement les Juifs. La spoliation des œuvres d'art a été systématique tout comme l'Holocauste, envers tous les Juifs.
Quand on parle de «spoliation», il faut comprendre  «dépossession», «vol» et «dés-héritage». On dépossède le propriétaire de ses collections. On le vole sous couvert de la légalité. On le déshérite en faisant disparaître toutes les traces de propriété, quand ce n'est pas le propriétaire lui-même et ses descendants qui sont déportés. En effet, les convois d’œuvres d'art ont priorité sur les convois de déportés.
Alors que les internés juifs de Drancy fournissent la main d’œuvre des camps de tri de Bassano, Lévitan et Austerlitz pour les meubles, objets et tissus. Concernant les œuvres d'art, aucun Juif ne prendra part aux tâches administratives, à la manutention ou l'empaquetage. Toutefois à partir de 1943, les Juifs de Drancy seront employés uniquement sur les docks d'Aubervilliers à charger les œuvres d'art dans les wagons en partance vers le Reich.
Les tableaux, les sculptures, les livres, les pièces rares d'orfèvrerie, la joaillerie d'exception,les meubles d'art et autres objets d'art sont génériquement des œuvres d'art.

Quant à cet article, les mots «juif» et «Holocauste» sont préférés, s'il y a lieu, aux mots «israélite» (terme assimilationniste depuis Napoléon BONAPARTE principalement, bien qu'on le retrouve abondamment dans la littérature morale peu philo-sémite des 17ième et 18ième siècles) et «shoah» (restant un terme à usage religieux présent de nombreuses fois dans les Téhilim, les Psaumes, signifiant à la fois «grand malheur» et «perte de sa judéité»).

Les fous des arts
Marie-Henri BEYLE dit STENDHAL visite la ville de Florence en 1817. Il décrit les troubles qu'il ressentit alors dans : Rome, Naples et Florence, Delaunay, Paris, 1826.
Ces symptômes sont connus depuis sous le nom de «Syndrome de STENDHAL».
L'œuvre d'art, sa beauté et son esthétique peuvent provoquer chez certaines personnes fragiles des hallucinations, des suffocations, des vertiges et une suractivité du cœur. Dans ce syndrome, l'objet de «la bascule délirante» est l’œuvre d'art.
Adolf HITLER souffrait du «syndrome de STENDHAL». Celui-ci s'est révélé dès la vue d'une évocation de «Léda et le cygne» dans une des salles du Musée des Beaux-Arts de Vienne. On comprend mieux pourquoi Adolf HITLER amassera dans sa collection privée toutes les représentations de cette scène de séduction où Zeus, anamorphosé en cygne, séduit Léda.
L'art est obsédant. L’œuvre d'art peut devenir une addiction.
Hermann GORING est morphinomane depuis 1914 depuis son hospitalisation à Metz, pour de violents rhumatismes. Hermann GORING devient un as de l'aviation militaire. Il reçoit honneurs et fortune. Quand l'armistice sonne, il part travailler en Suède, dans l'aviation civile. Il rencontre Carin von KANTZOW, l'épouse et soigne sa dépendance à la drogue. Elle est la seule femme qu'il aima. Elle décède d'un arrêt cardiaque en 1931. Pour Hermann GORING, les œuvres d'art pallieront à la mort de Carin et à la morphine depuis cet instant jusqu'à son suicide le 15 novembre 1946, comme il le déclara à son psychiatre dans sa cellule de la prison de Nuremberg.
 Les œuvres d'art peuvent révéler des enseignements mystiques et magiques. Heinrich HIMMLER pillera les bibliothèques de l'Alliance Israélite Universelle, du Séminaire Rabbinique Français, de la Fédération des Sociétés des Juifs de France, de la famille ROTHSCHILD et du marchand LIPSCHUETZ, soit plus de 100.000 volumes, en même temps que nombre de tableaux à représentation allégorique ou religieuse, les collections du Grand Orient de France et la Bibliothèque de Chinon. Tout cela se retrouvera dans le château de Quedlinburg, nouveau sanctuaire païen du Conseil Suprême de l'Ordre noir S.S. De plus, Heinrich HIMMLER se voit chargé par Adolf HITLER de rédiger « le livre de la nouvelle religion » (voir Joseph KESSEL, Les Mains du Miracle, Gallimard, Paris, nouvelle édition 1971).
On aura compris que, outre le Musée de Linz, les œuvres d'art spoliées sont destinées à différents dignitaires nazis en leurs résidences. En fait l'ordre de préférence est le suivant : Résidences de GORING, HITLER, HIMMLER, von RIBBENTROP, puis le musée de Linz (vitrine officielle de l'art du troisième Reich, également appelé «Führermuseum» sous la direction du Docteur Hans POSSE).
Si une œuvre d'art passe au travers de cet enchaînement, elle est alors destinée à être vendue sur le marché international de l'art. Enfin, si la vente est empêchée parce que le propriétaire ou la succession sont connus, ou la provenance évidente, l’œuvre est dite «enjuivée» et détruite.
Du 20 juillet au 23 juillet 1943, sont brûlées au moins 500 à 600 de ces œuvres dites «enjuivées», derrière le Jeu de Paume à Paris, entre la rue de Rivoli et le jardin des Tuileries, à l'abri des regards. Les encadrements sont conservés et expédiés vers le Reich. On connaît cet épisode grâce à Rose VALLAND en poste au Jeu de Paume à la demande de Jacques JAUGARD, directeur du Musée du Louvre, à qui elle adressera de nombreux et discrets rapports.

L' Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (E.R.R)
Hitler ordonne à Alfred ROSENBERG, au mois de janvier 1940, d'organiser et de diriger la spoliation des œuvres d'art juives. Concrètement au mois de juillet 1940, instruction est donnée de rassembler les collections d’œuvres d'art en France. Celles-ci sont tout d'abord entreposées à l'ambassade d'Allemagne au 80 de la rue de Lille dans le 7ième arrondissement à Paris, on y trouve notamment les collections des familles DREYFUS, LAZARD, ROSENBERG et BERNSTEIN.
Avec le décret du 17 septembre 1940 signé par Adolf HITLER, une section spécifique de recherche des œuvres d'art est fondée. Elle deviendra très rapidement la mission la plus importante de l'«E.R.R». De fait, le 30 octobre 1940, 450 caisses sont transférées vers le Jeu de Paume, devenu le lieu d'exposition privilégié des œuvres d'art spoliées jusqu'à la libération de Paris (resteront 80 œuvres d'art distribuées aux diplomates ou conservées à l'ambassade allemande jusqu'en août 1944).
 Le nom complet de l'E.R.R est «Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg fûr die besetzen Gebiete» qui signifie «Etat-Major d'intervention du dirigeant du Reich Rosenberg pour les territoires occupés».
Qu'est-ce que réellement l'E.R.R ? Le siège de l'organisation est à Berlin, dans le quartier résidentiel de Dahlem et aussi TierGartenstrasse. L'E.R.R est partie de l'Allgemeine S.S, au même titre que «l'Ahnenerbe» et «la Société allemande pour l'Hygiène de la Race» avec qui elle partage les bâtiments. «L'Ahnenerbe» est chargée de retrouver les traces ancestrales de la civilisation aryenne en même que d'enseigner l'histoire primordiale du monde. «La Société allemande pour l'Hygiène de la Race» travaille sur l'eugénisme, l'hérédité raciale et l'anthropologie.
C'est dire l'importance de l'E.R.R, chargée de répertorier et de germaniser le patrimoine artistique des territoires conquis. Et l'on comprend mieux l'ampleur des moyens mis en oeuvre quant à ses missions en particulier en France occupée.
« L'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg » travaille en collaboration étroite avec le « Service de la Sécurité intérieure du Reich » (le («S.D ») et la « Police secrète de la Wehrmacht » («Geheime Feldpolizei»), en même temps que le Commissariat Général aux Questions Juives lui transmet tous les inventaires dressés dans les appartements désertés ou réquisitionnés à leurs propriétaires. De plus, l'aryanisation des entreprises juives, gérée par le Commissariat Général aux Questions Juives, permet la saisie des gardes meubles et des galeries d'art. Il est notoire que nombre d’œuvres d'art spoliées ont été trouvées place des Petits-Pères au siège du C.G.Q.J dès la fin du mois d'août 1944.
On ajoute à cela que le «Comité d'Organisation des Entreprises de Déménagement et de Garde-Meubles» eut son siège à Paris au 55, avenue Marceau, non loin de celui de l'E.R.R au 54, avenue d'Iéna.
Le dirigeant principal de l'E.R.R à Paris fut Kurt von BEHR qui se consacra exclusivement aux œuvres d'art jusqu'au mois de mars 1943 avant d'élargir le domaine des spoliations en France occupée avec le «Dienststelle Westen», chargé de la spoliations des objets et mobiliers communs et le «Devisenschutz-Kommando», chargé des coffres-forts.

La spoliation des œuvres d'art au quotidien
La spoliation des œuvres d'art s'opère en trois endroits principaux : les appartements privés, les musées et garde-meubles.
Dès qu'un appartement occupé par des Juifs est abandonné, il reçoit d'abord la visite de la concierge. Celle-ci prévient ensuite la police qui prévient à son tour le «Commissariat Général aux Questions Juives». Celui-ci dresse un inventaire des biens restant dans l'appartement, après que tous se soient servis. L'inventaire est adressé au «Dienststelle Westen». Le «Dienststelle Westen» dresse à son tour un inventaire. S'il se trouve une œuvre d'art significative, elle est signalée à «l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg » qui la déménage vers le Jeu de Paume pour l'exposer.
Les 3 niveaux du Jeu de Paume ont reçus toutes provenances confondues au moins 22.000 oeuvres d'art spoliées aux Juifs. Sur ces 22.000 oeuvres d'art, 5.000 portent la mention « bekannt », « inconnu » quant à leurs propiétaires. L'E.R.R tenait une comptabilité rigoureuse des oeuvres d'art exposées au Jeu de Paume.
Les principales zone géographiques de provenance des oeuvres d'art spoliées sont à Paris les 8ième, 16ième et 17ième arrondissements, en banlieue parisienne, les villes de Neuilly sur Seine, Boulogne et Saint-Germain en Laye, et en province les villes de Tours, Nice, Bayonne, Biarritz et Bordeaux.
Beaucoup de collectionneurs juifs ont confiés leurs biens aux Musées Nationaux les pensant en lieu sûr. Dès l'avancée des troupes allemandes vers Paris, les Musées Nationaux évacuèrent ces collections remarquables vers ce que l'on appelle « les dépôts de repli ». Ceux-ci sont les châteaux de Chambord, de Sourches et de Brissac. Pourtant, la précaution est dérisoire puisque au moins 14 grosses collections d'oeuvres d'art seront saisies en ces endroits.
Cette précaution est également dérisore dès lors qu'il s'agit de confier ses oeuvres d'art à un garde-meuble, une galerie d'art ou bian une banque. Ces 3 lieux sont sujets bien vite à l'aryanisation des biens et entreprises juifs gérée par le « Commissariat Général aux Questions Juives ». Là encore c'est le même processus. Le C.G.Q.J dresse un inventaire qui atterit au final sur la table de Kurt von BEHR.
Selon les différentes sources et pour les accorder, on pense qu'il y eut au moins 144 saisies de collections significatives entre le mois de juillet 1940 et le mois de juillet 1944. L'année 1942 fut la plus intense avec au moins 68 saisies, soit presque la moitié du nombre total des saisies.
Sur les listes de « L'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg » au moins 16.872 références d'oeuvres d'art sont répertoriées en 216 listes.
Il est opportun de citer parmi ces 216 collections les plus prestigieuses celles des familles ROTHSCHILD, Alphonse KANN, SELIGMANN, DAVID-WEILL, LEVY DE BENZION, WILDENSTEIN, PREGEL-AUXENTE, STRAUSS, ROSENBERG et KRAEMER. De plus 5% des Juifs spoliés possèdent 75% des œuvres d'art spoliéés tandis que 50% des Juifs spoliés possèdent 2% des œuvres d'art spoliées. C'est dire l'importance des collections nommées précédemment.
 Un rapport daté de 1944 et rédigé par Robert SCHOLZ, membre de l'E.R.R, fait état de 5.281 toiles, 2.477 œuvres importantes pour l'histoire de l'art, 259 sculptures, bronzes, vases ou terres cuites, 583 tapisseries et broderies qui ont été envoyés vers le Reich. On parle d' œuvres signées VAN DYCK, BOUCHER, FRAGONARD, GAINSBOROUGH, GOYA, VELASQUEZ, HALS, CRANACH, etc.
Il est question de 137 wagons de chemin de fer chargés de 4.174 caisses en 29 convois dirigés vers le Reich entre mars 1941 et juillet 1944.
Il est également question des fréquentes visites de Hermann GORING au Jeu de Paume venu voir et emporter ce qu'il souhaitait en maître de l'endroit. Enfin, du sous-sol au 1er étage, le Jeu de Paume est transformé en exposition permanente.
 Une fois l'œuvre d'art sélectionnée pour le départ, on la protège et on la transporte à l'extrémité du Jardin des Tuileries, au musée de Louvre. Elle est enregistrée par un fonctionnaire allemand à son entrée et à sa sortie de l'une des salles sous séquestre du Pavillon SULLY au Département des Antiquités orientales. Au mois d'octobre 1940, on séquestra 3 salles pour aboutir à 6 salles en juillet 1944.
Quand un convoi ferroviaire est mis sur les rails et prêt à partir, quelques employés de compagnies de déménagement françaises en prennent livraison pour l'acheminer enfin vers le port d'Aubervilliers. On ajoute que les principaux manutentionnaires du lieu de saisie jusqu'au port d'Aubervilliers sont bien ces employés des compagnies de déménagement françaises.
D'Aubervilliers, le convoi prioritaire sur tous les autres empruntera le réseau est en direction du Reich. Ainsi, il est connu que beaucoup de convois de détenus juifs de Drancy vers Auschwitz, Buchenwald et les pays baltes ont pu être évité grâce à un convoi d'œuvres d'art qui resta presque 3 semaines à quai jusqu'au 12 août 1944 du fait des bombardements, des sabotages et du mauvais état des voies ferrées.
Les convois sont acheminés vers le Carin Hall (le pavillon de chasse de GORING), le château de Quedlinburg (siège mystique de l'Ordre noir S.S), Berchtesgaden ou la chancellerie à Berlin, le musée de Linz, la résidence de von RIBBENTROP, le château de Neuschwanstein (érigé sur les ordres de LOUIS II de Bavière pour y recevoir Richard WAGNER, et qui servira de modèle à Walt DISNEY pour La Belle au Bois dormant), le château de Buxheim, les villes de Kogl et Amstetten en Autriche et Nikolsburg en Hongrie (haut-lieu du mouvement 'hassidique du même nom).

Parce que le but des spoliations des œuvres d'art aura bien été la frénésie mystique et paranoïaque des hauts dirigeants du Reich à vouloir s'approprier le monde en détruisant toute trace juive, y compris quand il s'agit d'œuvres d'art.

Interrogation à propos des spoliations des œuvres d'art
Il n'est pas possible de chiffrer presque exactement le nombre d'œuvres d'art volées aux Juifs. Les oeuvres d'art spoliées ont été recensées par les collaborationnistes français, les équipes allemandes, les Alliés américains, anglais, français et russes. Aucun chiffre ne concorde. Des oeuvres ont disparues comme si elles n'avaient jamais existé.
Dès lors, on comprend mieux le titre de cette exposition itinérante de nos jours : « A qui sont ces tableaux ? »
Par exemple, au moins 2.140 œuvres d'art spoliées se trouvant dans les Musées nationaux français sont à ce jour encore non réclamées et certaines sont sans dernier propriétaire connu. Ces œuvres appartiennent-elles à la France ou à la mémoire juive ?
Le droit juif, la « hala'Ha », enseigne que pour posséder un bien il faut en faire l'acquisition.
D'autre part, il est enseigné aussi que dès lors qu'un propriètaire renonce à son bien, celui-ci ne lui appartient plus. On renonce à un bien parce qu'on le croit perdu ou voué à la destruction, ou bien que l'on pense être soi-même en danger grave et qu'il faille fuir et abandonner ses biens. Tous ces cas de figures sont bien réels pendant l'Holocauste.
Alors, à qui appartiennent ces tableaux ?

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire