DJERBA
(AFP)---La Tunisie s'apprête à renouer avec le pèlerinage annuel juif à
la Ghriba, la plus ancienne synagogue d'Afrique sur l'île de Djerba,
pour relancer le tourisme et redonner confiance à la communauté juive
troublée par l'apparition d'un islamisme radical antisémite dans la
foulée de la révolution de janvier 2011.
Le
pèlerinage, suspendu en 2011, va reprendre en mai prochain et au moins
500 juifs y sont attendus, a annoncé mardi René Trabelsi, organisateur
des festivités annuelles.
"Ce
pèlerinage va avoir un impact très important sur le tourisme et sa
réussite va attirer des milliers de juifs à l'avenir", a-t-il déclaré à
l'AFP.
M.
Trabelsi, fils du président de la communauté juive de Djerba,
s'exprimait en marge d'une conférence internationale sur le tourisme en
Méditerranée, à l'initiative de l'Organisation mondiale du tourisme
(OMT).
Cette
conférence portait entre autres sur les retombées des changements
accompagnant le "printemps arabe" sur le tourisme dans le bassin
méditerranéen.
Le
pèlerinage juif avait été suspendu en 2011 en raison des troubles que
connaissait la Tunisie dans la foulée de la révolution du 14 janvier qui
a chassé l'ancien président tunisien Zine El Abidine Ben Ali.
Selon
René Trabelsi, un bon déroulement du pèlerinage cette année "montrera
au monde que les Tunisiens acceptent la différence et que la nouvelle
Tunisie n'est pas aussi islamiste et radicale que l'on pense".
"C'est
un pays qui respecte les minorités religieuses comme toujours", a
estimé M. Trabelsi, membre influent de la communauté, qui se dit "prêt à
jouer un rôle dans le gouvernement pour aider" son pays.
Il
a ajouté avoir fait part de son souhait à Moncef Marzouki, premier
président tunisien à visiter récemment la synagogue de Djerba, en signe
d'apaisement envers la communauté juive gagnée par l'inquiétude après
l'apparition de slogans antisémites.
Moncef Marzouki s'était rendu à Djerba pour commémorer pour la première
fois officiellement en Tunisie le 10e anniversaire de l'attentat contre la synagogue. Son geste symbolique avait été qualifié d'"exceptionnel" par la communauté juive, qui a parlé "d'un retour de la confiance".
fois officiellement en Tunisie le 10e anniversaire de l'attentat contre la synagogue. Son geste symbolique avait été qualifié d'"exceptionnel" par la communauté juive, qui a parlé "d'un retour de la confiance".
Le
11 avril 2002, un Tunisien faisait exploser un camion citerne devant la
synagogue, tuant 21 personnes dont 14 touristes allemands et deux
Français.
L'attentat
revendiqué par Al-Qaïda avait eu des retombées dramatiques sur le
tourisme qui constitue un moteur de l'économie tunisienne (7% du PIB).
L'inquiètude
a gagné la petite communauté juive tunisienne, environ 1.500 personnes
dont un millier à Djerba contre 100.000 à l'indépendance en 1956, après
la répétition de slogans antisémites dans des manifestations
salafistes.
Fin
mars, après la multiplication d'incidents du même genre, le
représentant de la communauté à Tunis, Roger Bismuth, a déposé plainte.
"Nous
avons décidé de saisir la justice pour mettre les officiels devant
leurs responsabilités", a dit M. Trabelsi, voyagiste basé en France.
Le
chef du gouvernement islamiste Hammadi Jebali présent à la conférence
de Djerba a souhaité par avance la bienvenue aux fidèles se rendant à la
Ghriba.
"La
Tunisie accueillera les pèlerins juifs à Djerba comme à l'accoutumée", a
dit M. Jebali promettant de "lutter contre certains comportements", en
allusion à celui des extrémistes salafistes.
"Le
gouvernement prend à coeur de protéger la communauté juive" et tient à
ce que le pèlerinage de la Ghriba "se déroule naturellement en toute
sécurité" dans le cadre du stricte respect de la liberté de culte, a
renchéri mardi le ministre du Tourisme Elyés Fakhfakh.
"La Tunisie est aujourd'hui un pays de libertés ouvert à tous", a-t-il assuré.
Le
pèlerinage à la Ghriba a lieu à l'occasion de la fête juive de Lag
Ba'omer et attirait des milliers de juifs d'Europe, d'Amérique et
d'Israël.

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