Le site "Mémoires juives", outre mes travaux sur les origines de la solution finale, est ma contribution à la Mémoire.
Je dois beaucoup à Madame Sarah HALPERIN Z"al du CDJC (aujourd'hui le Mémorial de la Shoah).
Shmuel LEMARTELEUR, octobre 2011


L'historien a redonné vie à ses grands-parents

Courtoisie de ouest-france.fr

Entretien avec Ivan Jablonka.historien, enseignant à l'université du Maine (Le Mans)




Qui sont Matès et Idesa, votre grand-père et votre grand-mère ?
Il est né en 1909, elle en 1914, dans un shtetl, bourgade juive de Pologne. Ils sont artisans, plutôt pauvres, et deviennent d'actifs militants communistes. Poursuivis à ce titre, ils font de la prison et s'exilent en France à la fin des années 1930, sans visa. À Paris, ils deviennent des « indésirables » ; aujourd'hui, on dirait « sans-papiers ». Matès s'engage en 1939 dans la Légion étrangère, combat les Allemands. Puis le couple retourne dans la clandestinité à Paris. Ils échappent à la rafle du Vel'd'Hiv' en 1942, mais sont arrêtés par la police française en février 1943. Ils sont déportés à Auschwitz-Birkenau, où ils sont assassinés.
Une mort à laquelle échappent votre tante et votre père, leurs enfants...
En 1943, ils ont 4 et 3 ans. Par souci de sécurité, mes grands-parents les font dormir chez un voisin, un Polonais catholique. Au moment de la rafle, il prétend que ce sont ses enfants. Mon père et ma tante sont ensuite pris en charge par un réseau de solidarité clandestin juif, puis par les maris de cousines, des ouvriers anarchistes français. Enfin, par des ouvriers-paysans de Luitré, près de Fougères. Il a fallu une trentaine de personnes, de convictions politiques et religieuses très différentes, pour sauver deux enfants.
Quelles ont été vos sources ?
De rares archives familiales et des témoignages recueillis auprès d'enfants de témoins directs, décédés ou trop vieux. Ils se souvenaient pour moi : « De tes grands-parents, mes parents disaient que... » Mais les trois quarts de mes sources proviennent d'archives publiques, consultées en Pologne, France, Israël, Argentine... Par exemple, les 729 pages du dossier judiciaire et pénitentiaire polonais de mon grand-père. Y sont consignés des faits - dates et motifs des arrestations, déroulement des procès - mais aussi des traits de caractère, comme la pugnacité de Matès. Autre source capitale : le fonds de la Sûreté nationale sur les étrangers, qui donne des informations sur deux millions de personnes. Dont mes grands-parents.
Qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette enquête ?
J'ai toujours su que mon père avait perdu ses parents. Avant d'être déportés, ils ont choisi de laisser leurs enfants derrière eux : un abandon en forme de sauvetage. Dans ma propre enfance, j'ai senti cette atmosphère de vide, d'absence irrémédiable... Enfin, j'ai deux filles : je me suis demandé ce que je devais leur transmettre de cette histoire. Ce livre est ma réponse.

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